Site de Françoise Nore

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L'absent


L'Absent

L'Absent

 

 

 

         Je suis déçue, j'avais tant souhaité que l'on se vît aujourd'hui ; mon désir de toi était si fort, et il l'est toujours car je rêve de te parler, de te toucher – surtout de te toucher. Tu m'attires, c'est irrationnel mais c'est ainsi ; rien ne m'avait laissé pressentir ce sentiment de fusion, et voici que mon corps s'enroule et se tord quand je pense à toi.

         J'ai envie de sentir ta chaleur contre la mienne, je veux que tu poses tes mains sur moi, je veux que tu me regardes à m'en faire baisser les yeux, je veux que ton corps s'unisse au mien, je veux que tu te couches sur moi, je veux sentir ton poids, je veux voir tes mains sur ma peau, je veux voir tes caresses avant même que tu ne me touches.

         Mais je suis déçue, je ne t'ai pas vu, et je m'enfonce dans la nuit, je m'enfonce dans un lit mou, comme le tien l'est peut-être – je ne sais pas.

         Comment saurais-je.

         Je m'enfonce dans ce lit mou et froid dont les draps raides trahissent ton absence.

         Pourquoi ne te vois-je pas ? Parce que tu sembles avoir décidé que nulle rencontre n'aura jamais lieu. Et je suis démunie, je n'ai nul moyen de te contraindre, je suis soumise à ta volonté. C'est toi qui décides.

         Tu décides de tout. Tu gouvernes mon écran.

         Nous faisons ce que tu aimes, et puis c'est tout.

         Et je reste seule, avec mon envie de te parler.

         Et je reste avec mon envie de te voir, de te toucher, de sentir ton corps contre le mien.

         Et je reste assise en face de cet écran, devant cette lueur tremblotante, dans l'espérance d'un éclair – ton nom jaillirait, tu serais là.

         Mais tu es absent.

         Pendant ce temps ondule dans la pièce une musique éthérée qui s'étire jusqu'aux confins de la terre et des cieux.

         Pendant ce temps, je suis l'esclave de mon attente.

         Et les heures passent, sèches, vides de ta présence que je devine être si chaude.

         Je veux que tu murmures ton désir dans mon oreille, encore.

         Et je veux te toucher.

         Et je veux que tu me touches.

         Et je veux sentir mon corps brisé par tes assauts.

 

 


02/02/2014
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