Site de Françoise Nore

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De la féminisation à outrance

Depuis maintenant quelques décennies, ceux qui sévissent dans les sphères d'influence et de pouvoir cherchent à toute force à féminiser les noms de professions, de titres, de fonctions, etc., pour respecter le principe d'égalité entre les sexes. Sans entrer dans la polémique mais en traitant cette question d'un strict point de vue linguistique, il convient de se garder de l'excès de féminisation, car la langue possède des éléments préexistants à ces desiderata – mots, sens, etc. – qui s'accordent mal, voire en aucune façon, avec des décrets qui voudraient la plier à leur volonté.

 

On observe par exemple que certains noms masculins désignant des individus ont déjà des formes féminines, grammaticalement parlant, mais avec un sens tout différent. Et, si l'on tenait absolument à appliquer ces formes féminines à des personnes, l'effet en serait comique, sinon risible, dans la plupart des cas. Féminisons donc :

 

–  un batteur "musicien qui joue de la batterie" > une batteuse "engin agricole"

–  un chauffeur "conducteur de véhicule automobile" > une chauffeuse "sorte de chaise basse"

–  un gourmet "homme sachant apprécier mets et vins" > une gourmette "bracelet à mailles aplaties"

–  un pèlerin "homme qui fait un pèlerinage" > une pèlerine "manteau enveloppant"

–  un plombier "ouvrier travaillant sur les canalisations d'eau et de gaz" > une plombière "glace aux fruits confits"

 

On va donc bien réfléchir avant d'assener qu'il faut féminiser tous les noms …

 

Les exemples ci-dessus sont amusants (je dois probablement en oublier), mais, parfois, la féminisation peut prendre certains chemins des plus glissants, et l'effet est alors catastrophique. C'est notamment le cas pour les noms suivants :

 

–   un coureur (cycliste, à pied …) > une coureuse "femme de mauvaise vie"

–   un entraîneur (sportif) > une entraîneuse "hôtesse de bar"

–   un gars > une garce "femme de mauvaise vie" ou "femme méchante et désagréable"

–   un professionnel "sportif de haut niveau" > une professionnelle "prostituée"

 

Comme on le voit, les connotations de ces féminisations peuvent être redoutables et faire passer la plus honnête des dames pour une femme de petite vertu, comme on disait auparavant.

 

Au demeurant, si l'on veut vraiment la parité, pourquoi ne pas masculiniser des noms qui sont, jusqu'à présent, uniquement féminins ? Voyons ce que cela donnerait :

 

–   une bonne "employée domestique" > un bon : un bon, quoi ?

–   une repasseuse > un repasseur "affûteur, aiguiseur, rémouleur"

–   une sage-femme > un sage-homme

 

Bien. On va donc se calmer et accepter que certains noms ne puissent être adaptés au sexe opposé. C'est comme ça, c'est la vie, et, surtout, c'est la langue qui décide, la langue et son histoire, la langue et ses suffixes dérivationnels hérités du latin, donc très anciens. On ne va quand même pas, au nom d'une idéologie à la mode, mettre à bas une histoire vieille d'environ deux mille ans, n'est-ce pas ?



30/10/2013
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