Site de Françoise Nore

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Foutre le bordel

Dire des gros mots, c'est très vilain. Pourtant, l'actuel président de la République vient d'en proférer deux, et non des plus discrets : il a dit foutre le bordel. Le moins que l'on puisse dire est que l'on n'est pas déçus.

 

Étymologiquement, un bordel est une petite cabane. Le nom bordel est en effet le diminutif du nom féminin d'ancien français borde, qui signifiait "cabane", et plus précisément "cabane de planches" ; borde venait d'un nom francique ayant lui-même "planche" pour sens. La première attestation de bordel "cabane" remonte tout au début du XIIe siècle. Mais, assez rapidement, bordel en vint à signifier "lieu de prostitution" ; on le rencontre pour la première fois avec ce sens dans un texte datant d'environ 1200. L'explication de cette dérivation sémantique est assez claire à comprendre : les prostituées, qui n'étaient point autorisées à commercer dans l'enceinte des cités, se trouvaient reléguées dans les faubourgs et devaient se contenter de cabanes pour tout lieu de travail.

 

Quoi qu'il en soit, au fil du temps, ce doux nom prit les significations supplémentaires de "situation chaotique" et de "grand désordre". Il peut même être employé à la place de bidule ou de truc pour désigner un objet que l'on ne tient guère en estime. En outre, on peut le renforcer si l'on juge qu'il manque de vigueur. C'est pourquoi il est assez courant d'employer l'expression foutre le bordel pour évoquer une action ayant abouti à créer une situation apparemment hors de contrôle. On notera que foutre vient d'un verbe latin, futuere, qui avait pour sens "avoir des relations sexuelles avec une femme", ce qui fait une filiation somme toute logique. La locution foutre le bordel est en grande faveur au sein du peuple français, non seulement chez les illettrés ou chez les paresseux, voire chez ceux qui ne sont rien, mais aussi sous les lambris très très dorés du palais de l'Élysée, comme nous l'avons évoqué au début de cet article.

 

Naturellement, le peuple français (illettré, paresseux, etc.) ignore les motivations profondes qui ont conduit à l'emploi de cette tournure fleurie guère présidentielle ; nous-même n'en savons rien car nous ne sommes que linguiste et non politologue. Mais il est évident que l'on est bien loin de la petite cabane de planches médiévale. Quoique … Si l'on pense que le fruit de notre travail est amputé d'une confiscation régulière et implacable appelée impôts sur le revenu, on peut se demander qui est le souteneur qui accapare ainsi une partie de notre argent. Mais cela est un autre sujet, dont nous ne débattrons pas plus avant ; nous n'allons tout de même pas foutre le bordel dans un article de lexicologie. Au demeurant, cela ne risque pas de se produire ; nous ne nous exprimons pas de la sorte car nous ne sommes pas chef de l'État.



06/10/2017
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