Site de Françoise Nore

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L'accord du participe passé avec "avoir"


L'accord du participe passé avec "avoir"

 

 

     L'accord du participe passé avec le complément d'objet direct concerne, par définition, uniquement les verbes transitifs directs.

 

 

 

Cas général

 

COD placé après le participe passé

 

     Le participe passé est invariable quels que soient le genre et le nombre du COD :

 

          Le politicien véreux a bourré les urnes.

 

 

COD placé avant le participe passé

 

     Le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec le COD placé avant lui :

 

          Les critiques que le candidat à la primaire a essuyées devraient le faire réfléchir.

          Quelles magouilles avez-vous cachées aux électeurs ?

 

 

 

Participes passés suivis d'un infinitif ou d'un participe présent

 

 

Cas général

 

     Pour déterminer l'accord ou le non-accord de ces participes passés, il faut chercher le sujet sémantique du verbe à l'infinitif ou au participe présent.

 

     Le participe passé est variable si le COD du verbe conjugué est aussi le sujet sémantique de l'infinitif ou du participe présent :

 

          L'imprésario a engagé la chanteuse qu'il a entendue fredonner.

          L'imprésario a engagé la chanteuse qu'il a reluquée chantant sous la douche.

          Les politiciens qu'on a vus s'offusquer à la télé sont aujourd'hui tous en garde à vue.

 

     Mais le participe passé est invariable s'il existe deux sujets sémantiques différents :

 

          Les explications que nous avons entendu assener nous ont bien amusés.

 

 

Cas particulier des verbes d'opinion suivis d'une proposition complétive à l'infinitif

 

     Lorsque le participe passé d'un verbe d'expression ou d'opinion (affirmé, cru, dit, jugé, pensé, etc.) est précédé de que et suivi d'une complétive à l'infinitif, il reste invariable :

 

     (1)  L'homme a choisi la place de ministre qu'on lui a affirmé être la moins exposée.

            (= on n'a pas affirmé la place mais le fait qu'elle était la moins exposée).

 

     Il ne faut pas confondre cette structure avec celles du paragraphe précédent :

 

     (2)  L'imprésario a engagé la chanteuse qu'il a entendue fredonner.

 

     Dans (1), ce n'est pas de la place elle-même que l'on a parlé, mais du fait qu'elle n'était pas exposée. Dans (2), c'est bien la chanteuse que le personnage a entendue chanter.

 

 

Cas particulier du participe passé fait suivi d'un infinitif

 

     La règle est très simple : fait suivi d'un infinitif est toujours invariable car le COD de fait n'est pas le nom antéposé mais le verbe à l'infinitif :

 

          La maison qu'ils ont fait construire est très grande.

 

     Fait est également invariable quand faire remplace être. Dans la phrase suivante, on considère que le nom candidate est attribut du sujet tu et non COD de fait ; on pourrait d'ailleurs dire quelle bonne candidate tu aurais été :

 

          Quelle bonne candidate tu aurais fait !

 

 

Cas particulier du participe passé laissé suivi d'un infinitif

 

     Le participe passé laissé peut être variable si son COD est le sujet sémantique de l'infinitif[1] :

 

          Les images que les médias ont laissées se propager étaient truquées.

 

     En revanche, le participe passé est toujours invariable s'il existe deux sujets sémantiques différents :

 

          Les attentats, le ministre les a laissé expliquer par le président.[2]

 

 

Cas particulier du participe passé suivi d'une préposition et d'un infinitif

 

Cas général

 

     Lorsqu'une préposition est intercalée entre un participe passé et un infinitif, le participe passé est variable si un complément d'objet direct du verbe à participe passé est antéposé à ce même participe :

 

          Si tu savais la grande joie que j'ai eue à rencontrer notre candidate !

 

     Cet accord se vérifie si l'on peut intercaler ce même COD entre le participe et la préposition en modifiant la phrase :

 

          J'ai eu une grande joie à rencontrer notre candidate.

 

     En revanche, si le nom antéposé au participe passé est COD de l'infinitif, le participe passé reste invariable ; dans les deux premiers exemples ci-dessous, on notera que l'expression avoir quelque chose à peut commuter avec devoir :

 

          Les travaux que nous avons eu à effectuer nous ont coûté une somme rondelette.

          Les villes qu'ils ont eu à visiter ne leur ont pas plu.

          Les explications que le député a fini par donner n'ont convaincu personne.

 

     Ici, on ne peut transposer la phrase en intercalant le COD entre le participe et la préposition :

 

          *Le député a fini les explications par donner est une phrase asémantique.

 

     On remarquera toutefois qu'il est des cas où la nuance est ténue, justement avec la locution avoir quelque chose à faire. Nous citons ici un exemple de Thomas[3], exemple tout à fait éclairant, qui montre que l'accord ou non du participe passé souligne une différence sémantique parfois non négligeable (les gloses entre parenthèses sont de nous) :

 

     La fable qu'il a eue à réciter (= il a eu quoi à réciter ? une fable), et

     La fable qu'il a eu à réciter (= il a eu à faire quoi ? à réciter une fable).

 

Cas particulier du participe passé donné

 

     Dans la phrase qui suit, une simple analyse grammaticale indique que le participe passé donné doit être accordé car les chemises est son COD :

 

          Les chemises que j'ai données à repasser me sont revenues toutes froissées.

 

     Toutefois, selon Hanse et Girodet, lorsque le participe passé donné a un pronom COI, donné peut indifféremment être variable ou invariable. À l'appui de leur thèse, ces deux auteurs fournissent les exemples suivants :

 

          (a) Les rapports qu'on m'a donné à établir (Hanse).

          (b) Les livres qu'on nous a donné ou donnés à lire (Hanse).

          (c) Les plantes qu'on m'a donné à décrire (Girodet).

 

     Cependant, nous voulons insister sur le fait que cet accord ne peut pas être aléatoire. En effet, le participe passé doit être variable si donner a son sens plein de "faire un don", "transmettre". C'est le cas pour les phrases (b) et (c), dont on peut modifier la fin de la façon suivante pour une meilleure compréhension de notre démonstration :[4]

 

          (b) Les livres qu'on nous a donnés pour que nous les lisions.

          (c) Les plantes qu'on m'a données pour que je les décrive.

 

     Or, donner n'a pas ce sens de "transmettre" dans la phrase (a) : si on me demande d'établir des rapports, cela signifie qu'ils n'existent pas encore et qu'ils ne peuvent donc être transmis. La transformation en Les rapports qu'on m'a donnés pour que je les établisse est donc impossible car elle est asémantique. Dans ce cas, la seule graphie autorisée est la suivante :

 

          Les rapports qu'on m'a donné à établir.

 

     De tout cela, on doit conclure que donner fait ici partie de la locution donner à faire quelque chose "demander ou ordonner de faire quelque chose". On voit en effet que, si l'on remplace donner à par demander de ou ordonner de, le participe est invariable puisque les rapports est le COD du verbe établir :

 

          Les rapports qu'on m'a ordonné d'établir sont ennuyeux au possible.

 

 

Participe passé suivi d'un infinitif sous-entendu

 

     Les participes passés cru, daigné, demandé, désiré, dit, dû, fallu, osé, pensé, permis, prétendu, promis, prévu, pu, semblé, songé, su, voulu, entre autres participes car cette liste n'est pas exhaustive, sont invariables si leur COD est un infinitif sous-entendu :

 

          Le nouvel élu n'a pas encore fait toutes les réformes qu'il aurait (faire).

          Pourtant, il a fait tous les efforts qu'il a pu (faire).

          Les sommes qu'il a (débourser) étaient importantes.

 

     En revanche, si ces participes passés ont un COD exprimé et antéposé, ils sont naturellement variables :

 

          Le ministre a raconté des balivernes que personne n'a crues.

 

 

 

En + participe passé

 

 

Cas général

 

     Un participe passé dont le COD est le pronom en employé seul est invariable :

 

          Le ministre a reçu des pots-de-vin et en a bien profité.

          J'en ai connu, des imbéciles, mais des comme lui !

          Il s'en est pris une, de bonne leçon, ça lui apprendra.

 

     Il est tout autant invariable lorsqu'il est précédé de en et suivi d'un infinitif :

 

          Ces filles, j'en ai entendu se plaindre du matin au soir.

 

     Toutefois l'arrêté ministériel du 28 décembre 1976 a officiellement autorisé l’accord du participe passé avec le complément qui précède en, ce qui revient à pouvoir écrire : Des imbéciles, j'en ai connus, mais des comme lui ! Riegel, pour qui « le participe passé reste en principe invariable. », concède que l'on peut accorder ce même participe mais à la condition que l'antécédent soit un nom comptable antéposé et au pluriel. Riegel tolère donc une phrase comme celle-ci :

 

          Des livres, j'en ai beaucoup achetés.

 

     Mais si le COD référent est postposé au participe passé, Riegel refuse l'accord et écrit :

 

          J'en ai beaucoup acheté, des livres.

 

     Cette tolérance est absente chez Bescherelle qui prône l'invariabilité dans tous les cas, que le nom référent soit comptable ou massif, qu'il soit antéposé ou postposé au participe passé, que la phrase contienne ou non un adverbe de quantité, etc. La consigne est la même chez Grevisse, qui écrit : « La règle la plus simple et la plus pratique est de laisser toujours invariable le participe précédé du pronom en, neutre et partitif, que ce pronom soit associé ou non à un adverbe de quantité (beaucoup, combien, tant, trop, plus, etc.) », même si ce grammairien considère que l'usage est "très indécis" et cite quelques cas d'accords fautifs dans la littérature.

 

 

En accompagné d'un adverbe de quantité

 

     En ce qui concerne l'accord ou non du participe passé accompagné du pronom en et d'un adverbe de quantité (autant, beaucoup, combien, moins, plus, tant, trop, etc.), il n'y a pas consensus entre les grammairiens. Bescherelle refuse catégoriquement tout accord du participe passé. Thomas note qu'il y a une « hésitation » à ce sujet et écrit : « En général, l'accord se fait si l'adverbe précède le pronom en ; il ne se fait pas si l'adverbe le suit », puis donne les exemples suivants :

 

          Des livres de ce genre, combien en avez-vous lus ?

          Des roses de cette variété, j'en ai beaucoup greffé.

          Il en a tant écrit, de ces vers !

 

     On voit que, chez Thomas, ce n'est pas tant la place du complément que celle de l'adverbe de quantité qui entre en ligne de compte principale pour le choix entre accord et non-accord.

 

 

Cas particulier de l'adverbe combien associé à en

 

     Théoriquement, un verbe accompagné du pronom en et de l'adverbe combien utilisé sans complément immédiat a un participe passé invariable :

 

          Combien en as-tu lu ?

          De tous ces livres, combien en as-tu lu ?

 

     Mais cette règle, observée notamment par Bescherelle, ne fait pas l'unanimité. En effet, selon les Difficultés de la langue française de Larousse de 1956, s'il y a dans la phrase un COD antéposé au verbe et repris par en, le participe passé est variable, comme le dit également Thomas (voir le paragraphe ci-dessus), ce qui revient à réécrire ainsi la phrase précédente :

 

          De tous ces livres, combien en as-tu lus ?

 

     Et Larousse d'ajouter que, si le COD est placé après le verbe, le participe passé est invariable :

 

          Combien il en a fait, des discours !

 

 

Risque de confusion entre COD et COI

 

     Par ailleurs, on se gardera de prendre systématiquement le pronom en pour un COD. Dans la phrase suivante, le COD est les nouvelles et en reprend le complément sous-entendu d'Eva. De ce fait, en n'est pas COD et ne saurait commander l'accord :

 

          Léa a vu Eva, et les nouvelles qu'elle en a données à Léo sont bonnes.

          (= les nouvelles qu'elle a données d'Eva).

 

 

 

Cas particuliers des collectifs et des quantifiants

 

 

Verbe ayant une locution à valeur collective pour COD

 

     Lorsque le participe passé est précédé d'une locution à valeur collective (la foule de, le plus grand nombre de, etc.), l'accord se fait selon le sens avec l'élément que l'on veut mettre en valeur, c'est-à-dire avec le nom à valeur collective (foule, nombre, etc.) ou avec le complément nominal de ce dernier :

 

          L'animateur salua la foule de vedettes qu'il avait invitée ou invitées.

 

 

Verbe ayant une fraction pour COD

 

     Lorsque le COD est une fraction, on peut accorder le participe passé avec le nom de fraction si l'on veut insister sur l'aspect collectif :

 

          Voici le tiers des pommes que nous avons cueilli.

 

     Mais on peut aussi accorder le participe avec le complément de la fraction pour insister sur l'idée de pluralité :

 

          Voici le tiers des pommes que nous avons cueillies.

 

 

Verbe ayant combien pour complément

 

     Lorsqu'une phrase contient combien immédiatement suivi d'un nom, en l'absence du pronom en (voir ci-dessus le chapitre sur en), sans mise en apposition et à condition que le complément nominal de combien suive ce dernier, le participe passé est variable et s'accorde avec ce même complément :

 

          Combien de livres as-tu lus ?

 

     Thomas ajoute que, si le complément de combien est placé après le verbe, le participe est invariable :

 

          Combien as-tu lu de livres ?

 

     D'autres grammairiens prônent cependant l'invariabilité du participe passé dans la phrase Combien de livres as-tu lus, mais nous ne les suivons pas car le complément de combien, ici le nom livres, l'emporte en valeur sémantique sur combien.

 

     Riegel applique à combien les mêmes règles que celles qu'il donne pour en : accord au choix si le référent est antéposé, absence d'accord s'il est postposé, ce qui revient à écrire :

 

          De tous ces livres, combien en as-tu lu ou lus ?

          Combien en as-tu lu, de tous ces livres ?

 

     Bescherelle, qui refuse d'accorder le participe passé si combien n'a pas de complément, admet toutefois l'accord avec le nom représenté par en, et encore plus si le nom est effectivement exprimé. Ainsi, il écrit :

 

          Combien en as-tu lu ?

          Combien de livres as-tu acheté ou achetés ?

 

 

Verbe ayant un autre adverbe de quantité pour complément

 

     Lorsqu’un participe passé a pour COD un adverbe de quantité (autant de, bien, peu, que, trop, etc.) suivi d'un nom, il est variable et s'accorde avec le nom complément de l’adverbe :

 

          Bien peu des députés que nous avons rencontrés ont su nous convaincre.

          Pourtant, que d'efforts ils ont déployés pour ce faire !

 

     Toutefois, lorsque l’adverbe est accompagné d'un article (le peu, le trop, etc.), c’est le sens de l'adverbe qui l'emporte sur le nom et c'est l'adverbe qui commande l'accord. De ce fait, le participe passé est invariable :

 

          Le peu de joie qu'elle a manifesté en nous voyant était mauvais signe.

 

     Parfois, même en l'absence d'article, si l'adverbe de quantité est ressenti comme étant plus important que son complément, le participe reste invariable :

 

          Trop d'indulgence a été condamné par l'opinion publique.

 

     Pour Thomas, l'accord dépend de la place du complément de l'adverbe : s'il se trouve avant le verbe, le participe s'accorde, mais s'il est placé après le verbe, le participe reste invariable (les exemples qui suivent sont de cet auteur) :

 

          Autant de livres il a lus.

          Autant il a lu de livres.

 

 

Cas particulier du quantifiant le peu

 

     Lorsque le peu a une valeur positive et signifie "une quantité suffisante", le participe passé est variable et s'accorde avec le complément de le peu :

 

          Le peu de choses qu'il a apprises lui ont été bien utiles.

 

     Mais lorsque le peu a une valeur négative et signifie "le manque de, la faible quantité de", le participe passé reste invariable :

 

          Le peu de choses qu'il a appris ne lui a pas servi à grand-chose.

 

 

Participe passé précédé de un(e) de, un(e) des ou un de ceux que

 

     Le participe passé précédé d'un COD introduit par un de ou par un des s'accorde théoriquement soit avec l'un des objets du groupe, soit avec l'ensemble des objets, mais il semble que l'usage préfère l'accord au pluriel :

 

          Voici l'un des livres que nous avons utilisés pour rédiger cet article.

 

     Lorsque ces locutions introduisent un nom et un adjectif au pluriel, l'accord du participe passé se fait normalement au pluriel :

 

          Cet ouvrage est l'un des livres les plus géniaux qu'il ait écrits.

 

     Il en va de même avec un de ceux ou avec un de ces suivi d'un nom, où l'accord au pluriel est obligatoire :

 

          Cette voiture, c'est une de celles qu'il a bousillées.

 

     On notera qu'avec un de ceux-là, l'accord peut se faire au singulier si le sens de la phrase l'exige :

 

          C'est un de ceux-là que nous avons sélectionné pour ce poste.

 

 

 

Cas particuliers de quelques structures

 

 

Participe passé placé entre que et que ou entre que et qui

 

     Un participe passé placé entre le pronom relatif que et la conjonction que reste invariable si son complément d'objet direct est la proposition complétive qui le suit :

 

          L'histoire que j'avais cru qu'on nous raconterait n'a pas été évoquée.

          (j''avais cru quoi ? qu'on nous raconterait cette histoire).

 

     Mais le participe passé est variable si son COD est le pronom relatif que :

 

          Ce sont les histoires que j'ai déjà lues que nous allons maintenant évoquer.

          (j'ai déjà lu quoi ? ces histoires).

 

     Le participe passé est également invariable quand il est placé entre les deux pronoms relatifs que et qui :

 

          Les candidats que nous avions prévu qui se présenteraient se sont désistés.

 

     Au demeurant, ces structures étant plutôt lourdes, on évitera de les utiliser.

 

 

Participe passé précédé du pronom impersonnel le

 

     Très souvent, une proposition entière est reprise par le pronom impersonnel le. Comme ce pronom ne représente pas un COD, d'autant plus qu'il est facultatif, le participe passé est invariable :

 

          La campagne électorale est encore plus agitée qu'on ne l'avait prévu.

 

     Cela apparaît nettement avec un sujet au pluriel :

 

          Les élections ont été plus mouvementées qu'on ne l'avait prévu.

          (et non pas qu'on ne les avait prévues puisqu'on avait prévu des élections calmes et non des élections en général).

 

     Toutefois, il peut y avoir hésitation. En effet, Grevisse fait remarquer que le pronom le peut représenter un nom et, de ce fait, l'accord relève de l'interprétation de chacun :

 

          La maison n'était pas telle qu'on se l'était imaginée (on avait imaginé une maison de telle ou telle façon), et

          La maison n'était pas telle qu'on se l'était imaginé (on avait imaginé comment serait la maison).

 

 

Participe passé précédé d'une tournure avec le sujet impersonnel il

 

     Le participe passé d'une tournure impersonnelle construite avec le pronom neutre il reste invariable puisque ce pronom ne réfère pas à un sujet réel :

 

          Les deux mois qu'il a neigé ont été très pénibles.

          Le ministre évoque les nombreux accidents qu'il y a eu cet été sur les routes.

          La radio parle de la canicule qu'il a fait au mois d'août.

 

 

Participe passé suivi d'un adjectif ou d'un participe attributs

 

     Si une phrase contenant un COD placé avant le participe passé principal comprend aussi un adjectif ou un second participe passé attribut du premier, ce dernier est variable :

 

          Ses nouvelles étudiantes, Léo les aurait crues plus attentives.

          Voici une robe que j'aurais préférée faite en soie.

          Ils l'ont laissée pour morte.[5]

          C'est une directive que le ministre n'a pas estimée utile.

 

     Mais quand l'adjectif ou le participe attribut a une proposition pour complément, le participe passé reste invariable. Dans l'exemple suivant, le COD du participe passé estimé n'est pas directive mais nécessaire de transmettre au président :

 

          C'est une directive que le ministre n'a pas estimé utile de transmettre au président.

 

 

Participe passé des formes surcomposées

 

     En principe, on accorde seulement le second participe passé des temps surcomposés car le premier participe n'est pas celui qui porte le sens :

 

          Ce sont les meilleurs chocolats que j'ai eu mangés.

 

 

 

Cas particuliers de certains verbes

 

 

Cas particulier des verbes courir, coûter, dormir, durer, marcher, mesurer, payer, peser, régner, souffrir, valoir, vivre

 

     Les verbes courir, coûter, etc., sont suivis de compléments circonstanciels de temps, de manière, etc., et non de COD, contrairement à ce que laisserait croire leur forme de compléments sans prépositions. Ils répondent ainsi aux questions quand, comment, etc., et leur participe passé est donc invariable :

 

          Nous avons transpiré pendant toutes ces heures que nous avons couru.

          Les trois kilos que ce rôti a pesé ne nous ont pas coûté cher.

          Les années qu'il a vécu à Paris furent exceptionnelles.

          Je les regrette bien, les cent euros que j'ai payé pour ce bidule.

          Les vingt euros que ce livre m'a coûté le valent bien !

 

     Mais ces verbes sont parfois suivis de véritables compléments d'objet directs et, de ce fait, leur participe passé est variable :

 

          As-tu oublié tous les dangers que tu as courus pour parvenir à tes fins ?

          La viande que le boucher a pesée est chère.

          La belle histoire qu'il a vécue n'est plus qu'un souvenir.

          La dette qu'il a payée lui est restée en travers de la gorge.

          Les efforts que ce travail lui a coûtés seront un jour récompensés.

 

 

Cas particulier des verbes dépenser, gagner, parier, passer, perdre et rapporter

 

     Contrairement à ce qu'une analyse rapide pourrait laisser penser, ces verbes sont transitifs, ont donc des COD, et leur participe passé est de ce fait variable :

 

          Je regrette les vingt euros que j'ai dépensés pour ce truc.

          Les vacances que nous avons passées à la plage étaient exceptionnelles.

 

 

Cas particulier de penser

 

     Le participe passé de penser est invariable quand son COD est un infinitif ou une proposition sous-entendue :

 

          Cette voiture est plus chère que je ne l'aurais pensé (être).

 

     Naturellement, sans verbe ou phrase implicite postposée, le participe passé est variable :

 

          Les transformations que l'architecte a pensées sont déroutantes.

 

 

Cas particulier de l'échapper belle

 

     L'expression l'échapper belle "éviter un danger imminent" a fait couler beaucoup d'encre en ce qui concerne son étymologie. Certains auteurs et lexicographes ont vu ou voient dans le pronom l' le nom balle, l'expression ayant été peut-être empruntée au lexique du jeu de paume. D'autres chercheurs interprètent belle comme une forme tronquée de l'adverbe bellement. Au demeurant, et si pendant assez longtemps le participe échappé se rencontrait aussi bien au masculin qu'au féminin, c'est le masculin qui a finalement prévalu, de telle sorte qu'il convient aujourd'hui d'écrire ainsi :

 

          À notre grande joie, nous l'avons échappé belle.[6]

 

 

Cas particulier de prendre

 

     Utilisé avec un complément d'objet indirect, prendre peut avoir le sens de "se manifester (chez quelqu'un)". Il devient ainsi verbe intransitif, et son participe passé est invariable :

 

          L'envie leur a pris de partir.

 

 

 

Cas des antécédents multiples

 

 

Antécédents reliés par ou

 

     Lorsque l'utilisation de la conjonction de coordination ou implique un choix impératif entre deux ou plusieurs éléments, le participe passé reste invariable :

 

          Est-ce Arsène Hateur ou Amédée Puté que les électeurs ont élu président ?

 

     Toutefois, si l'on tient à insister sur l'un des antécédents, et s'il n'y a pas la contrainte du choix impératif énoncée ci-dessus, l'accord peut se faire avec cet antécédent. La règle n'étant donc pas rigide, on préfèrera structurer sa phrase différemment de façon à éviter cette construction qui peut déboucher sur une ambiguïté. En revanche, lorsque les différents éléments n'impliquent pas de choix mais s'ajoutent, le participe passé est variable :

 

          La volonté ou la détermination que l'on avait senties chez lui ont aujourd'hui disparu.

 

     Grevisse ajoute à tout cela que, lorsque l'idée de disjonction domine, l'accord doit se faire avec le second antécédent, et donne l'exemple suivant :

 

          C'est son salut ou sa perte qu'il a risquée.

 

 

Antécédents reliés par et, par ni ou par d'autres coordonnants

 

     Dans le cas d'antécédents coordonnés par et, par ni ou par un autre coordonnant, les différents antécédents s'additionnent et le participe passé est variable :

 

          Les promesses et les serments qu'il a faits n'ont pas convaincu les électeurs.

          Ni les promesses ni les serments qu'il a faits n'ont convaincu les électeurs.

          Ce sont ses qualités humaines autant que son CV que j'ai appréciés chez lui.

          Ce sont mon frère ainsi que ma sœur que j'ai appelés.

 

          Dans ce cas également, Grevisse fait intervenir la notion de disjonction possible et propose, pour ni, d'accorder le participe passé avec le second antécédent :

 

          Ce n'est ni un abricot ni une pêche que j'ai mangée.

 

          Or, si cet accord avec le dernier antécédent est acceptable dans le cas d'antécédents coordonnés par ou, cela nous semble plus sujet à caution dans cette phrase car la conjonction ni, avec sa valeur négative, réfute l'existence des choses dont l'on parle, et l'accord d'un participe avec une chose inexistante nous paraît étonnant. Une solution satisfaisante consisterait alors à mettre en seconde position le complément au masculin singulier, afin que le participe passé ait une forme neutre non marquée.

 

 

Antécédents reliés par un comparatif

 

     Si le sens même du comparatif indique qu'un seul élément est pris en compte, le participe passé s'accorde avec cet élément :

 

          C'est une véritable demeure plus qu'un simple logis qu'il a achetée.

 

 

Antécédents juxtaposés avec gradation

 

     Lorsque plusieurs antécédents juxtaposés produisent un effet de gradation, le participe est variable et s'accorde avec le dernier antécédent car on considère qu'il n'y a pas addition des différents éléments mais que le dernier englobe le sens des précédents :

 

          L'agacement, la colère, l'exaspération que j'ai ressentie en lisant cette lettre m'a fait sortir de mes gonds.

 

 

Antécédents juxtaposés avec synonymie

 

     Dans le cas d'une juxtaposition avec synonymie, le participe passé est variable et s'accorde aussi avec le dernier antécédent :

 

          Cet effroi, cette terreur que nous avons éprouvée, nous n'en voulons plus.

 



[1] L'Académie fait remarquer que l'application de cette règle est particulièrement malaisée avec les verbes faire et laisser, notamment dans les formes pronominales, et considère donc ces deux verbes comme des exceptions : « L'accord restant incertain dans l'usage, on pourra généraliser l'invariabilité du participe passé de laisser [et de faire] dans le cas où il est suivi d'un infinitif ». La mention "on pourra" signifie que l'accord de laissé selon la règle traditionnelle (entre parenthèses dans les exemples ci-dessous) ne peut être considéré comme fautif et est donc admis.

            Elle s'est laissé (laissée) mourir.

            Je les ai laissé (laissés) faire.

      Si ce respect de l'accord traditionnel pour laissé est accepté par de nombreux grammairiens ainsi que par nous-même, l'accord de fait est en revanche vigoureusement repoussé, ce qui est également notre position ; si l'on analyse l'exemple cité plus haut, La maison qu'ils ont fait construire est très grande, on voit bien que le sujet ils n'a pas fait la maison mais en a ordonné la construction par quelqu'un d'autre, ce qui interdit en toute logique l'accord de fait avec ils.

 

[2] On notera que, quand le verbe laisser est suivi d'un infinitif et que le sujet de cet infinitif est exprimé par un pronom personnel, on peut indifféremment utiliser un pronom de forme COD ou de forme COI. Ainsi, on peut dire aussi bien Nous leur avons laissé faire ce qu'ils voulaient que Nous les avons laissés faire ce qu'ils voulaient. On remarquera que, dans la première phrase, laissé reste invariable car leur est COI, tandis que, dans la seconde, laissés est accordé avec le pronom COD les antéposé. Par ailleurs, on respectera l'ordre des pronoms personnels, différent selon les cas : cette nouvelle, je la leur ai laissé connaître et cette nouvelle, je les ai laissés la connaître.

 

[3] Dictionnaire des difficultés de la langue française, Paris, Larousse, 1971.

 

[4] Pour la phrase (c), Girodet donne seulement l'invariabilité.

 

[5]   On ne confondra pas les différentes structures des deux phrases suivantes, d'autant plus que la seconde contient un infinitif et non un adjectif ou un participe adjectivé :

          Le ministre a parlé de pressions qu'il a prétendues insupportables.

          Or, personne ne sait rien des pressions qu'il a prétendu avoir subies.

 

[6] Il en va de même pour les expressions la bailler belle "donner à accroire" et l'avoir belle "avoir des chances de réussite", expressions dont le participe passé est également toujours invariable, n'en déplaise à Grevisse pour qui « il est tout à fait acceptable de faire l'accord ».


24/09/2014
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