Site de Françoise Nore

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Quelques fautes courantes - 04


Quelques fautes courantes - 04

Pour établir cette nouvelle revue des fautes de français courantes, nous nous sommes appuyée sur les prescriptions de l'Académie française ainsi que sur les indications fournies par le TLFI. Le Dictionnaire des difficultés de la langue française de Larousse fut également un outil précieux.

 

 

Expressions incorrectes

Expressions correctes

tous les trucs possibles et inimaginables

tous les trucs possibles et imaginables

il y a des bisbises[1] entre eux

il y a des bisbilles entre eux

il y a égalité parfaite entre les deux équipes[2]

il y a égalité entre les deux équipes

sur un même pied d'égalité[3]

sur un pied d'égalité

au final[4]

finalement, en conclusion

à la base[5]

au départ, au début

ça fait sens[6]

ça a du sens, ça veut dire quelque chose

j'ai les mêmes livres que toi[7]

j'ai les mêmes livres que les tiens

assis-toi[8]

assieds-toi / assois-toi

il en est hors de question[9]

il n'en est pas question / c'est hors de question

X a été nominé[10]

X a été nommé / désigné

moi aussi, je ne l'ai pas acheté[11]

moi non plus, je ne l'ai pas acheté

je te promets que Léo va venir

je t'assure que Léo va venir

carottes, choux et autres navets sont vendus dans cette épicerie bio

carottes, choux et navets[12] sont vendus dans cette épicerie bio

on a eu des températures chaudes

on a eu du temps chaud / des températures élevées[13]

c'était quoi, son taux d'alcoolémie ?

c'était quoi, son taux d'alcool ?[14]

ce n'est pas évident[15]

ce n'est pas facile

jusqu'à tant que[16]

jusqu'à ce que

s'étendre compendieusement sur un sujet[17]

s'étendre longuement sur un sujet

Léa a davantage de temps que Léo[18]

Léa a plus de temps que Léo

Je me suis fait une entorse en tombant

Je me suis donné une entorse en tombant

X est à son plus haut étiage[19] dans les sondages

X est à son plus haut niveau dans les sondages

Léa se fait forte de réussir[20]

Léa se fait fort de réussir

il eut une inclinaison de la tête[21]

il eut une inclination de la tête

ton blouson est tout infecté de mites !

ton blouson est tout infesté de mites !

mon vieux papi est ingambe[22]

mon vieux papi est impotent

c'est là où nous allons cet été[23]

c'est là que nous allons cet été

nous arriverons vers les midis[24]

nous arriverons vers midi

les cerises sont plus chères qu'elles étaient

les cerises sont plus chères qu'elles n'étaient

"Il n'y a personne", observa-t-il

"Il n'y a personne", remarqua-t-il / fit-il observer

elle n'a rien à s'occuper

elle n'a rien à quoi s'occuper / elle n'a rien à faire

en outre de[25]

en plus de

je l'ai pardonné[26]

je lui ai pardonné

Léo a fait pareil[27] que Léa

Léo a fait comme Léa

ma maison est pareille que la leur[28]

ma maison est pareille à la leur

aller de mal en pire[29]

aller de mal en pis

Jo préfère se reposer que sortir

Jo préfère se reposer plutôt que de sortir

il nous a rabattu les oreilles avec ses histoires[30]

il nous a rebattu les oreilles avec ses histoires

c'est rapport à ses problèmes

c'est à cause de ses problèmes

nous serons là à huit heures sonnant

nous serons là à huit heures sonnantes

un livre susceptible de vous intéresser[31]

un livre à même de vous intéresser

tant qu'à faire, il vaudrait mieux y aller

à tant faire, il vaudrait mieux y aller

Max a acheté cette voiture telle que

Max a acheté cette voiture telle quelle

c'est du grand n'importe quoi[32]

c'est vraiment n'importe quoi

je suis confortable dans cette veste

je me sens bien / je suis à l'aise / je suis à mon aise dans cette veste

quelle est la thématique de la réunion ?[33]

quel est le thème de la réunion ?

quelle est la problématique de la réunion ?[34]

pour autant[35]

au demeurant, tout bien pesé

je vais faire de l'essence[36]

je vais faire le plein / je vais prendre de l'essence

quand il parle, il fait toujours des disgressions

quand il parle, il fait toujours des digressions[37]

il a effacé le tableau

il a effacé ce qui était écrit sur le tableau[38]

bientôt, les élections présidentielles ![39]

bientôt, l'élection présidentielle !

mon frère est docteur ès Histoire

mon frère est docteur en Histoire[40]

Léa s'est réveillée à 7h.[41]

Léa s'est éveillée à 7h.

il n'est pas exclu que nous sortions demain.

Il n'est pas impossible que nous sortions demain.[42]

je m'excuse[43]

je vous prie de m'excuser / veuillez m'excuser

la gente féminine[44]

la gent féminine

cette voiture est produite sur une grande échelle[45]

cette voiture est produite à une grande échelle

Max s'implique beaucoup dans cette tâche[46]

Ma se sent beaucoup impliqué dans cette tâche

Jo s'est bien intégré à l'équipe

Jo s'est bien intégré dans l'équipe

le problème du mal-logement[47]

le problème des logements insatisfaisants

c'est marqué[48] sur la boîte

c'est écrit / indiqué sur la boîte

limiter les erreurs au maximum

limiter les erreurs au minimum[49]

un moyen mémotechnique[50]

un moyen mnémotechnique

ils ont conclu un accord a minima[51]

ils ont conclu un accord réduit au minimum

je l'ai appelé, il est venu derechef[52]

je l'ai appelé, il est venu tout de suite

quoi de neuf ?[53]

quoi de nouveau ?

un affichage digital[54]

un affichage numérique

une réunion informelle[55]

une réunion non officielle

nous avons fait des dépenses onéreuses[56]

nous avons fait de fortes dépenses

 


[1] Souvent entendu, très amusant : une *bisbise serait-elle une sorte de "mauvaise bise" ?

[2] Une égalité imparfaite devrait étonner plus d'un mathématicien.

[3] S'il y a égalité, le pied en question est le même pour les parties en présence.

[4] Le final, nom masculin, s'emploie pour parler de la dernière partie d'une œuvre artistique, musicale ou littéraire. Il est abusif de l'employer dans un groupe prépositionnel (au final) à valeur argumentative.

[5] À la base est une abréviation de la locution prépositive à la base de, utilisée aussi bien au sens propre qu'au sens figuré.

[6] Anglicisme. À bannir.

[7] L'interlocuteur n'étant pas un livre, on évitera cette construction.

[8] En dépit de moult recherches, nulle présence, dans quelque dictionnaire que ce soit, du verbe *s'assir

[9] Nouvel exemple de ce que peut produire le télescopage entre deux expressions (il n'en est pas question et c'est hors de question). Il en est hors de question est fautif d'un point de vue grammatical, puisque le complément de être hors de question ne peut être qu'une complétive à valeur de COD (il est hors de question que j'y aille), laquelle complétive ne peut être remplacée par en.

[10] Halte aux anglicismes inutiles, ces mots anglo-saxons qui font doublon avec nos mots français, plus anciens qu'eux dans notre langue, par définition.

[11] Quand la phrase est négative, on utilise non plus et non pas aussi, qui a une valeur positive.

[12] Les carottes et les choux ne sont pas des navets. Cette tournure avec autres est pourtant assez fréquente dans le langage journalistique, quand on veut produire un effet emphatique.

[13] Une température est un chiffre, et un chiffre ne peut pas être chaud.

[14] Alcoolémie désigne une mesure, un taux ; taux d'alcoolémie est donc un pléonasme.

[15] Évident n'a jamais signifié "simple, aisé, facile". C'est un glissement sémantique abusif.

[16] Tournure familière qui est l'abréviation d'une autre tournure, très longue et très lourde : j'attendrai jusqu'à ce que tu aies tant fait que tu aies fini > j'attendrai jusqu'à tant que tu aies fini. Il est malgré tout plus léger et plus simple de dire : j'attendrai jusqu'à ce que tu aies fini.

[17] Compendieusement signifie "brièvement, mais sans omettre l'essentiel". Le glissement de sens qui a conduit à "longuement, en détail" est ancien puisqu'on en relève un exemple dans un ouvrage datant d'avant 1835. Mais cette acception est fautive. Peut-être faut-il y voir une influence de la longueur de l'adverbe en question : un adverbe long ne peut pas signifier "brièvement", mais bien au contraire "longuement". Encore un effet terrible de l'étymologie populaire …

[18] Davantage doit être employé absolument, c'est-à-dire sans complément.

[19] Un étiage est le "niveau annuel moyen des basses eaux d'un cours d'eau" (TLFI) et, par extension de sens, "niveau minimal des eaux", "débit le plus faible". C'est donc un contresens de l'utiliser avec le sens de "niveau élevé", "niveau maximal".

[20] Se faire fort fait partie de ces expressions dans lesquelles l'adjectif, considéré comme un adverbe, est invariable.

[21] Une inclinaison est un penchant moral, psychologique, affectif, etc. Ce qui ressortit aux mouvements du corps doit être nommé par inclination.

[22] Ingambe vient de l'expression italienne essere in gambe "être alerte". Il ne faut donc pas y voir le préfixe privatif in-.

[23] Utilisée pour la mise en relief, la structure c'est … que (ou qui) ne peut être modifiée, quel que soit le type de complément inséré entre ses deux éléments : complément de temps (c'est demain que nous irons le voir), complément de manière (c'est rapidement que tu dois finir), complément de lieu (c'est dans cette maison que mon amie a grandi), etc. La séquence là où existe bien (nous irons là où tu voudras), mais en dehors de c'est … que.

[24] Si on peut tolérer vers les six heures, vers les sept heures, etc., il n'en va pas de même pour midi, qui est unique dans une journée de vingt-quatre heures.

[25] En outre de est une locution prépositive ancienne puisqu'on la rencontre, par exemple, chez Théophile Gautier, mais elle a toujours été condamnée par les puristes.

[26] On pardonne quelque chose à quelqu'un.

[27] Pareil est un adjectif, non un adverbe.

[28] En outre (voir note précédente), pareil ne peut être suivi que par à.

[29] Mal est un adverbe mais pire est un adjectif. C'est pourquoi on doit utiliser l'adverbe pis.

[30] Rabattre signifie "plier". On peut bien sûr considérer *rabattre les oreilles comme une métaphore : ressasser quelque chose, c'est en quelque sorte plier les oreilles de son interlocuteur sous le poids du rabâchage. Mais l'expression est bien rebattre les oreilles, c'est-à-dire les battre et les battre de nouveau, les frapper à force de répéter tout le temps la même chose.

[31] Seul un référent humain peut être susceptible de faire quelque chose.

[32] N'importe quoi, n'importe où, n'importe quand, etc., sont des locutions à valeur adverbiale. Un adjectif ne peut pas modifier un adverbe : par exemple, une phrase comme *c'est du grand bêtement est impossible.

[33] Une thématique est un ensemble de thèmes, de sujets. On ne doit donc pas parler de thématique lorsqu'on veut évoquer un seul sujet. Cette utilisation abusive de thématique en ce sens est à mettre en relation avec la mode des mots augmentés : pour donner du poids aux idées, on augmente le volume des mots qui les désignent. C'est ainsi que certains substituent mandature à mandat, cité dans une de nos études antérieures. Mais tout cela n'est que vaine hypertrophie du langage.

[34] Même remarque que pour thématique : une problématique est un ensemble de problèmes, non un seul problème.

[35] Le TLFI note : "Cette expression est considérée comme incorrecte par de nombreux linguistes". En effet, si on soumet pour autant à une analyse grammaticale, il paraît difficile d'en justifier sa structure, préposition + adverbe. Il en va de même pour par ailleurs, entre autres.

[36] Voilà une activité qui va enrichir celui qui agit, car la production d'essence reste une profession des plus lucratives …

[37] Logiquement, *disgression aurait dû être la forme régulière, en lieu et place de digression. En effet, dis- est bien le préfixe qui indique la différence, alors que di-,présent dans digression,signifie "deux fois". Pourtant, *disgression n'existe pas.

[38] Effacer signifie "faire disparaître". On ne fait donc pas disparaître le tableau, mais ce qui est écrit dessus.

[39] On doit dire l'élection présidentielle car ce rendez-vous devant les urnes sert à choisir une seule personne. En revanche, il est tout à fait normal de parler des élections municipales, départementales, législatives, européennes, puisque ces scrutins produisent plusieurs élus.

[40] Ès, qui est une contraction ancienne de en les, doit toujours être suivi d'un nom au pluriel.

[41] Se réveiller signifie "reprendre conscience sous l'effet d'une action extérieure". On ne peut donc pas, logiquement, se réveiller soi-même.

[42] Exclu signifie "écarté, rejeté". L'utiliser dans le sens d'impossible fait partie de ces usages contemporains qui maltraitent le véritable sens des mots.

[43] S'excuser soi-même est assez désinvolte. Il vaut donc mieux prier autrui de manifester la clémence que l'on implore.

[44] Ce n'est pas parce que cette expression signifie "les femmes" qu'il faut féminiser dans sa graphie et sa prononciation le nom gent "groupe d'humains partageant une caractéristique commune". Ce nom gent, s'il est bien du genre féminin, n'existe pas sous la forme gente. Cela ne remet pas en cause l'existence de l'adjectif féminin gente, dérivé de gent "gracieux, agréable", aujourd'hui désuet et utilisé uniquement par manière de plaisanterie.

[45] Il faut être au moins funambule pour assembler des véhicules sur ce type d'échafaudage. Pour une raison sociolinguistique qui reste à définir, la préposition sur est très à la mode ; gageons que ceux qui produisent quelque chose sur une grande échelle habitent sur Paris ou sur telle ou telle autre ville …

[46] On ne s'implique pas tout seul dans une tâche ; plusieurs personnes peuvent s'impliquer mutuellement, mais ce ne peut être une action individuelle.

[47] L'horreur absolue, qui a fait dériver ce nom à partir du syntagme mal logé. Or, si en ancien et moyen français, le français a bien produit des noms composés avec mal (malheur, malpropreté), c'est pour la raison suivante : mal était un adjectif qui signifiait "mauvais". De nos jours, plus personne ne comprend mal en ce sens : on ne dit pas, par exemple, J'ai de males nouvelles. La formation de mal-logement est donc indéfendable. Ajoutons que les noms récents contenant mal- sont des emprunts à l'anglais, comme malnutrition, et qu'ils ne peuvent donc en aucun cas être avancés pour justifier la forme mal-logement.

[48] Marquer signifie "tracer un signe sur un objet afin de le différencier" ; il n'a jamais eu le sens d' "écrire".

[49] … afin qu'il y ait le minimum d'erreurs.

[50] Confusion avec mémoire.

[51] A minima est une réduction de la formule latine a minima poena ad majorem "à partir de la peine la plus petite vers la plus grande". On trouve cette forme dans l'expression appel a minima, utilisée dans le domaine du Droit, expression que le TLFI glose de la façon suivante : "appel que le ministère public interjette, quand il croit que la peine appliquée est trop faible. Il est donc tout à fait fautif de lui donner le sens d'au minimum.

[52] Derechef ne signifie pas "tout de suite" mais "de nouveau".

[53] Neuf signifie "qui n'a pas servi". Pour parler de choses inédites, on doit donc utiliser nouveau.

[54] Anglicisme inutile, vu qu'il existe un adjectif français avec ce sens.

[55] Dans cette acception, informel est un anglicisme, un de plus.

[56] Onéreux signifie "qui implique des dépenses". Parler donc de dépenses onéreuses est un pléonasme.


24/02/2015
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