Site de Françoise Nore

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Ouvrages personnels : ROMANS

Vous trouverez ici les liens vers mes livres en vente sur Amazon KDP, les reproductions des couvertures, les musiques que j'ai écoutées en rédigeant, etc., ainsi que diverses informations à ce sujet.


Les Pardonnés

 

À l'instar des deux premiers romans de la trilogie, l'histoire des Pardonnés a pour cadre la ville-État de S***, pays imaginaire soumis à une dictature policière.

Jürgen Todorov est journaliste. Fils naturel d'une femme qui le néglige, il n'a de cesse de rechercher l'identité de son père, ce que sa famille maternelle refuse de lui dévoiler. Il tente d'apaiser son mal de vivre dans l'alcool et la multiplication des conquêtes féminines. L'un de ses meilleurs amis est Rudolf Wiesner, un apprenti-terroriste à l'origine d'attentats meurtriers qui endeuillent le pays. Il compte également au nombre de ses proches le présentateur-vedette de la télévision d'État, Helmut von Aldorfer, apprécié par Iouri Stoltz, commissaire au Renseignement au ministère de l'Ordre.

Plusieurs personnages masculins ont commis des faits graves alors qu'ils étaient adolescents ou jeunes adultes. Tourmentés par le remords et la culpabilité, ils cherchent à apaiser leur conscience. Dans leur quête d'un hypothétique pardon de leurs victimes, ils croisent le destin des personnages principaux des deux premiers romans de la trilogie en quelques rebondissements et coups de théâtre spectaculaires.

 

Le lecteur intéressé peut se procurer ce roman en cliquant sur ce lien.

 

 

 

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27/12/2013
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Les Feux follets

Lorsque le roman débute, cela fait un an que Svetlana Zyrianova a abandonné sa profession pour se prostituer. Elle éprouve un certain attachement envers Wolf Steiger, son proxénète, un homme sévère mais prévenant. Celui-ci codirige le Krasnaïa Zvezda, une maison close où Svetlana Zyrianova travaille. Parmi les clients assidus de cet établissement de luxe et de Svetlana Zyrianova elle-même se trouve Iouri Stoltz, commissaire au Renseignement et rival de son ministre de tutelle pour obtenir la présidence de la ville-État.

Svetlana Zyrianova a une vengeance à assouvir. Elle parvient à retrouver la trace de ceux qui l'avaient fait souffrir plusieurs années auparavant et décide de passer à l'acte. Mais il n'est pas toujours facile de tuer, surtout quand une passion ancienne et dévorante revient à la surface. En outre, les luttes pour la prise du pouvoir de S*** interfèrent avec sa volonté d'action.

Les Feux follets constitue le deuxième volet de la trilogie des Égarés ; le lecteur peut se le procurer en cliquant  sur ce lien.

 

 

 

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14/10/2013
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Les Pardonnés : incipit

 

          Un jour délavé mourait sur la Cité, les immeubles de la Blumenkorbstraβe disparaissaient derrière l'écran pluvieux qui tombait sur S*** en un mouvement lent et continu ; le ciel écrasait la ville et les collines alentour de son bouclier gris acier. Au large, la mer, magma noir agité, se dissolvait dans des nuages bleu foncé et gonflés d'eau, fendus ça et là de rares trouées qui laissaient encore apparaître, avant la venue totale de la nuit, le souvenir incertain d'une lueur blême qui tentait de se miroiter sur la crête des vagues aux éclats métalliques.

          Jürgen Todorov poussa la porte de l'immeuble. Un silence de cathédrale enveloppait la cage d'escalier, éclairée par une verrière percée dans le toit. L'homme monta les deux étages, entra dans son appartement, se rendit dans le salon.

          Les volets étaient restés ouverts, des nuées noires étaient entrées dans la pièce et s'étaient posées sur les meubles, sur les objets, on n'y voyait guère, seules se laissaient deviner quelques silhouettes brumeuses, figurines frappées d'éclairs renvoyés par les fenêtres situées de l'autre côté de la Blumenkorbstraβe – on eût dit qu'une vapeur anthracite aux brillances changeantes enveloppait toute chose.

          Jürgen Todorov sortit une bouteille du bar, se servit. Le schnaps enflamma son corps, puis les gorgées suivantes s'écoulèrent en un flux paisible. Il s'assit sur le canapé, s'étira. Les lumières urbaines étincelaient jusqu'ici. Tout n'allait pas si mal, le magazine avait pu sortir, on n'avait pas travaillé pour rien. Il s'étira de nouveau. Son regard fut attiré par un éclat en provenance de la chambre, une brisure de lampadaire qui avait traversé la fenêtre pour s'échouer sur l'un des montants de cuivre du lit. Il tendit le bras vers la bouteille, emplit son verre, se leva.

          Le lit n'avait pas été fait, on y lisait encore l'empreinte de corps en sueur, toute une agitation nocturne qui avait survécu à la journée écoulée ; les draps témoignaient d'une fièvre récente, quelques volées d'heures à peine, tandis que les couvertures, amoncelées en un tas désordonné, formaient d'improbables vagues. Todorov s'assit, but une gorgée, ferma les yeux, revit les courbes de l'invitée de la veille, je la rappellerai, elle m'a fait bander dur.


28/11/2013
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Les Feux follets : incipit

 

     Il neigeait sur l'Oblomovskaïa, les flocons transformaient les halos des réverbères en tremblements de filaments lumineux, les lourds poteaux de fonte perdaient de leur fierté rigide, ils semblaient vaciller et menacer l'immobilité des fenêtres opposées derrière lesquelles on devinait parfois, à travers le rideau des billes de cristal, une silhouette au mouvement hésitant déformé par la chute continue. Mais les lampadaires résistaient à la tempête et continuaient d'éclairer la rue, le trottoir, les habitations, même le ciel noir ; ils perçaient l'intimité la plus reculée, jusqu'à celle de la femme dont le regard abandonna la fenêtre et se mit à flotter dans la chambre, comme si le souffle de la neige et le mouvement des lumières de la ville la contraignaient de s'abriter.

     Svetlana Zyrianova posa le livre qu'elle tenait toujours en main, s'allongea sur le lit. Ici, on était bien, on ne distinguait plus les passants, ni les voitures, mais on pouvait scruter les intérieurs cotonneux des appartements de l'autre côté de la rue, on guettait ce qui se matérialisait parfois lorsque, dans une pièce obscure, une ombre apparaissait à la faveur d'une lueur, on pouvait observer un lent déshabillage qui se croyait invisible, et on imaginait alors que ce corps était tout proche, qu'il prenait conscience qu'on l'observait et qu'il demandait qu'on lui rendît sa pudeur, ce qu'on lui refuserait ; bien au contraire, on le conduirait à la fenêtre, et, dans la clarté lunaire décuplée par la blancheur de la neige, on le contraindrait à s'exposer, pour l'habituer aux regards, afin de mieux l'adorer ensuite.

     N'aie pas peur ; tu verras, tout va bien se passer.

     Svetlana Zyrianova eut un léger sourire. Ce corps – un corps féminin, par exemple – chercherait un abri dans la chambre, mais en vain. Ses mains tenteraient d'en dérober la nudité aux pupilles brûlantes qui l'inspecteraient, mais on se lèverait, on viendrait à ce corps, on lui démontrerait que toute résistance serait vouée à l'échec, puis on le caresserait, pour l'apprivoiser – pour le dompter.

      Laisse-toi faire ; c'est bien ce que tu voulais, n'est-ce pas ?

     Et le corps, ce corps qui, avant, avant, il y a longtemps, déjà – presque un an, une éternité –, ce corps, qui hésitait sur le seuil de l'offrande de soi, était maintenant dans cette chambre, car il l'avait voulu, mais il doutait encore, il voulait entendre l'extérieur et répondre à ses appels ; pourtant il avait déjà décidé de rester, et on l'avait déshabillé – il avait laissé toutes ces mains inconnues le frôler, tous ces regards nouveaux le balayer, il n'avait pu résister – l'eût-il seulement voulu ; il avait ondulé, yeux clos de confusion, puis s'était laissé vêtir, mais si peu – on l'avait seulement couvert d'une vapeur de tissu. Et ce corps n'avait soufflé protestation, son mutisme avait été acceptation – il avait obtenu ce qu'il était venu chercher ici, dans cette maison d'apparence close mais si accueillante par nature, par essence.

 

 


04/11/2013
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Les Pardonnés : extrait n°2

 

 

          Pourtant, il y avait des survivants, en ce lieu, un père, une mère, et un frère aîné – plus âgé que l'enfant mort, mais si peu, et de toute façon trop jeune pour comprendre l'irrémédiable, un petit frère aîné qui voulait être vivant, parler, rire, crier, courir, jouer – tout cela lui était tacitement interdit par un père au mutisme désormais perpétuel, une mère aux yeux continûment rouges, jour après jour, nuit après nuit. La maison sur la colline Lichtenweg s'effritait dans le silence et l'humidité, on eût pu voir chaque brique se fissurer, car tout s'effondrait, des lézardes couraient le long des murs tremblants, et, un jour, la maison s'écroulerait, faute de consolidations. La visite hebdomadaire au cimetière était devenue l'unique ciment de cette famille, on s'y rendait dimanche après dimanche et on en revenait avec le bouquet fané de la semaine précédente, quelques fleurs mourantes inclinées sur leur destin, on plaçait ces tiges dérisoires dans un vase prévu à cet effet – et on se résolvait à se défaire du bouquet défraîchi seulement lorsque l'odeur de pourriture végétale investissait jusqu'au moindre interstice d'air respirable. Alors, on ouvrait la poubelle, on y déposait les fleurs en décomposition, on se recueillait au-dessus des pétales déshydratés, puis on rabattait le couvercle et on lançait un regard vers le bouquet suivant qui, dans la fraîcheur d'une eau sans cesse renouvelée, attendait son tour sur la table où l'on prenait des repas silencieux – et cela serait ainsi de toute éternité.


06/12/2013
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