Françoise NORE

Françoise NORE

R

Récurrent

          Avant, l'adjectif récurrent était réservé aux domaines de la médecine et des mathématiques. Mais, un jour, quelque grand savant des médias l'introduisit dans le langage courant, et plus rien n'est comme avant : finis, fréquent ou qui revient souvent. Nul doute que cette utilisation de récurrent trahit une influence de l'anglais recurrent qui signifie « fréquent », mais on ne peut s'empêcher d’y voir également un autre exemple de cette mode des mots longs et peu … fréquents, justement.

 

Région

          Zone située en dehors de l’Île-de-France, c’est-à-dire, vue depuis le parvis de Notre-Dame, très très loin. Les gens légèrement dédaigneux polis disent en région et non pas en province, car ce nom de province sent un peu trop la terre. On veut bien être écolos, mais il ne faudrait pas non plus pousser le bobo dans le purin.

 

Relativiser

          L’utilisation contemporaine de relativiser est évidemment étrangère à l’œuvre de Kant ou aux travaux d’Einstein, puisque ce verbe est bien souvent employé au lieu de tournures comme diminuer l’importance ou raison garder, laquelle est pourtant bien placée sur l’échelle de la chiquitude. On ne dira jamais assez combien les verbes terminés par -iser font érudit.

 

Rencontrer un impondérable

          Que ne rencontre-t-on, pas, de nos jours : des problèmes, des difficultés, toutes choses peu sympathiques, et la liste n’est pas close. Certes, cette utilisation de rencontrer est un calque de l’anglais to meet, mais ce n’est pas tout : voilà que l’on rencontre des impondérables. Non seulement on méprise ainsi des expressions de bon aloi comme faire face, mais, en outre, on emploie très mal ce nom : impondérable a pour sens « événement imprévisible dont l’effet peut être décisif » et non pas « inconvénient ou contretemps », ce qui n’est pas exactement la même chose. Cela étant, vu la faveur dont jouit rencontrer un impondérable, il va être difficile de rectifier cette tendance.

 

Résilience

          En termes de physique, résilience signifie « résistance aux chocs » et, dans le domaine de la psychologie, il a pour sens « force de résistance, capacité à encaisser ». De nos jours, résilience est utilisé à tort et à travers par les adorateurs du lexique médical, toujours prêts à se damner pour pouvoir en placer un échantillon dans leurs propos. En outre, tout comme les verbes terminés par -iser, les noms qui se finissent par -ence ont une cote incroyable ; de ce fait, caser résilience dans un dîner en ville est un impératif si l’on veut continuer à être invité aux réceptions du comte Harbourg.

 

Se ressourcer

          Verbe post-baba cool qui signifie retrouver ses racines, voire se retrouver avec son moi profond, pour les adeptes des théories new age. Fait donc partie, lui aussi, de ces mots piqués aux psys et vénérés par ceux qui veulent donner l’impression d’être très au fait de tous ces sujets.

 

Restaurant d'entreprise

          Aberration lexicale : quand on va au restaurant, on est servi à table. Pourtant, au restaurant d'entreprise, le visiteur garnit lui-même son plateau. On est alors en droit de s'interroger sur la pulsion qui conduisit certains à renommer ainsi ce qui n'est jamais qu'une cantine. Bien sûr, la réponse n’est guère difficile à trouver : cantine fait scolaire, voire populaire, et cela est infâmant.

 

Revenir vers quelqu'un

          Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cette expression n'est pas réservée à des personnes qui se seraient éloignées, même si la distanciation physique est de nos jours hautement recommandée. Il s’agit en effet d’un équivalent contemporain de locutions comme entrer de nouveau en contact avec quelqu'un. Le problème, c’est que revenir vers quelqu’un peut être source d'ambiguïté : Jules est parti mais il va bientôt revenir vers nous. Comprenne qui pourra.

 

Revisiter

          Que signifie revisiter un appartement ? Deux possibilités : le visiter de nouveau avant de le louer ou de l'acheter, ou bien le cambrioler de nouveau. Or, dans l’acception actuelle, il n’en est rien : revisiter s'emploie de nos jours à la place de refaire la décoration ou l'aménagement d'un lieu (généralement d'habitation). Pour les œuvres littéraires ou artistiques, revisiter peut remplacer étudier de nouveau, donner un éclairage nouveau ou donner une nouvelle forme ; on peut ainsi, dans une même journée, revisiter un appartement et revisiter une pièce de Molière. Mais ce n’est pas tout : on peut aussi revisiter un appartement qui a été revisité, c’est-à-dire faire une seconde visite d’un appartement, ou le décorer de nouveau, après qu’il a été cambriolé ou décoré deux fois. Mais, là, les choses se compliquent grandement. Au demeurant, même s’il s’agit d’un anglicisme sémantique créé à partir de l’anglais to revisit, revisiter est adoré des chroniqueurs culturels et des animateurs d'émissions consacrées au home staging, puisque c’est ainsi que l’on appelle aujourd’hui la mise en valeur d’un logement atypique. De quoi donner le tournis.

 

 



04/06/2020
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