Linguistique française

Les emprunts


Manger un chien chaud

Dans l'article précédent, nous avions évoqué le cas des calques, ces emprunts qui consistent en une traduction littérale d'un mot ou d'un groupe de mots étrangers. Dans certains cas, ces calques s'apparentent aux xénismes dans la mesure où ils nomment des réalités jusqu'alors inconnues en France, comme sky-scraper qui a donné gratte-ciel. On peut donc accepter gratte-ciel car le type de construction nommé par ce mot n'existait pas en France à l'époque où gratte-ciel est arrivé en français. En revanche, ce qui pose problème, ce sont les traductions littérales ou les francisations hasardeuses de mots anglais et, ce, pour les raisons suivantes : soit il existe déjà des équivalents en français et il n'y a donc nul besoin d'adapter un mot étranger (pourquoi utiliser fermier, calqué sur farmer, alors qu'agriculteur convient parfaitement), soit la mauvaise traduction aboutit à un mot qui a un sens différent en français (une opportunité n'est pas une occasion).

 

Le problème est que ces mauvaises traductions et ces calques malvenus s'insinuent dans les esprits et se répandent dans le langage. Nous en proposons quelques exemples dans la liste qui suit ; si celle-ci n'est malheureusement pas exhaustive, tant s'en faut, elle a au moins le mérite de mettre en lumière quelques mots et tournures qu'il convient de ne pas utiliser :

 

 

 

termes anglais originels

traduction fautive

expression française

agenda

agenda

ordre du jour

base oneself on (to)

se baser sur

se fonder sur, s'appuyer sur

Beijing[1]

Beijing

Pékin

Belarus

Belarus

Biélorussie

concerning

concernant

au sujet de

(computer) consumables[2]

consommables (n.) informatiques

accessoires informatiques

conventional weapons

armes conventionnelles

armes classiques

definitely

définitivement

tout à fait

farmer

fermier

agriculteur

globalization

globalisation

mondialisation

Malaysian

malaisien

malais

millennium

millénium

millénaire

Myanmar

Myanmar

Birmanie

opportunity

opportunité

occasion

secular society

société séculaire

société laïque

standardization

standardisation

normalisation

tributary

tributaire

affluent

veteran

vétéran

ancien combattant

 

 

Comme nous l'avons dit plus haut, cette liste n'a pas la prétention de présenter tous les calques et traductions abusifs qui sévissent dans le langage de certains. Dans les articles futurs, nous aurons l'occasion de présenter d'autres exemples. Gageons que ces articles seront nombreux.

 

 

 

 

[1] Quand il existe en français le nom français d'une ville ou d'un pays étranger, et que ce nom est bien établi depuis plusieurs siècles, c'est celui-ci qu'il convient d'utiliser, non celui de la langue d'origine. Il ne viendrait à personne l'idée de dire : Si on allait à München, pour la fête de la Bière ?

[2] En français, le suffixe -able sert uniquement à créer des adjectifs, non des substantifs.


23/07/2018
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Emprunt de formes grammaticales

Dans l'article précédent, nous avons examiné les différents types d'emprunts lexicaux existant en français. Aujourd'hui, nous présentons les emprunts grammaticaux : contrairement à leurs homologues lexicaux qui sont identifiables par tous, les emprunts grammaticaux s'avancent insidieusement dans la langue.

 

Les emprunts grammaticaux sont en effet des structures étrangères qui s'introduisent de façon masquée dans notre langue en dissimulant leur origine derrière des mots français ; ces emprunts, les plus sournois d'entre tous, s'attaquent à la grammaire, fondement même de toute langue.

 

De nos jours, c'est bien sûr l'anglais qui exporte sa syntaxe, principalement par l'intermédiaire de mauvaises traductions et d'adaptations littérales de certains de ses mots et expressions. Nous sommes ici aux confins de l'emprunt et du calque et en avons pour preuve les exemples suivants, entendus à la radio et à la télévision, de véritables transgressions des règles du français :

 

l'actuelle situation

une extrêmement belle maison

 

On sait qu'en français, à quelques exceptions près[1], tous les adjectifs se placent après le nom. User de structures comme celles qui sont rapportées ci-dessus n'est donc pas naturel, et l'on peut alors s'interroger sur la part de snobisme qui entre dans l'utilisation d'une telle syntaxe.

 

Cet exemple n'est pas unique ; d'autres formes calquées sur l'anglais apparaissent ici ou là. Aussi est-il pénible de lire, à l'image de l'ordre anglais, un groupe de mots comme celui-ci :

 

les premières cinq années

 

Cette syntaxe des plus fautives est un calque de l'anglais the first five years ; elle nous choque, mais il se pourrait qu'elle n'étonne plus personne ou presque, dans les décennies à venir, si on ne la combat pas dès aujourd'hui.

 

 


[1] Il s'agit des adjectifs suivants : autre, beau, bon, grand, gros, haut, jeune, joli, mauvais, nouveau, petit, premier, vaste, vieux, vilain. Toutefois, lorsqu'ils sont accompagnés d'un adverbe long, le groupe ainsi formé doit être placé après le nom : une maison extrêmement belle.

On peut également antéposer les adjectifs subjectifs si l'on désire les mettre en valeur, et donc dire une magnifique demeure.

 


25/11/2014
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Quand les mots voyagent

Dans plusieurs articles ultérieurs, nous proposerons l'examen d'emprunts faits par le français à des langues étrangères, notamment à l'anglais. Mais avant cela, il convient de présenter tout d'abord les différents aspects que ce phénomène de l'emprunt lexical revêt :

 

– les emprunts sémantiques : un mot français se voit attribuer le sens d'un mot étranger qui offre avec lui une ressemblance formelle, comme  l'adverbe français définitivement et son homologue anglais definitely. C'est ainsi que l'adverbe français est aujourd'hui utilisé avec le sens anglais de "tout à fait, assurément", ce qui est abusif et faux ;

 

les calques : ce sont des traductions terme à terme, comme les mots et expressions suivants :

 

   honeymoon > lune de miel

   cold war > guerre froide

   this is not my cup of tea > ce n'est pas ma tasse de thé

 

   Parfois, la traduction peut être si mauvaise qu'elle aboutit à une hérésie, ce qui est le cas du fautif droits humains, à l'imitation de l'anglais human rights, alors que la forme correcte est bien entendu droits de l'homme ;

 

– les xénismes : il s'agit de l'emprunt concomitant d'un nom et de l'objet ou du concept qu'il nomme, objet ou concept jusqu'alors inconnus en France et en français :

 

   toundra, samovar, favella, etc.

 

– les emprunts abusifs : la chose ou le concept nommés par la langue étrangère possèdent déjà un mot français, mais c'est le mot étranger qui tend à supplanter le mot français :

 

    management "gestion"

    coach "entraîneur"

    dance floor "piste de danse", etc.

 

Est-il besoin de préciser que ces emprunts abusifs sont très majoritairement, sinon exclusivement, des emprunts à l'anglais ? Et c'est cette dernière catégorie qui fait polémique, car rien ne légitime l'utilisation d'un mot anglais lorsqu'un mot français lui est préexistant. Phénomène de mode, snobisme, volonté de se démarquer de la majorité parlante … Tout cela sera examiné dans les articles à venir.


23/11/2014
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