Françoise NORE

Françoise NORE

Les emprunts


Anglicismes masqués et calques

     Les calques consistent en une traduction littérale d'un mot ou d'un groupe de mots étrangers. Dans certains cas, ces calques s'apparentent aux xénismes, dans la mesure où ils nomment des choses inconnues en France au moment de l‘introduction de ces mots dans notre vocabulaire, comme sky-scraper, traduit par gratte-ciel, à une époque où ce genre de construction nous était inconnu. Gratte-ciel est acceptable puisqu’il ne double pas un mot préexistant en français.

 

     En revanche, ce qui pose un problème, ce sont les traductions littérales ou les francisations hasardeuses d’expressions ou de mots anglais : soit il existe déjà des équivalents en français, et il n'y a donc nul besoin d'adapter un mot étranger (pourquoi utiliser vétéran au lieu d’ancien combattant ?), soit la mauvaise traduction aboutit à un mot qui a un sens différent en français (une opportunité n'est pas une occasion). Le problème est que ces mauvaises traductions et ces calques malvenus s'insinuent dans les esprits et se répandent dans le langage.

 

     Nous proposons ici quelques exemples de ces anglicismes masqués. Ce ne sont pas des mots simples, mais des syntagmes, c’est-à-dire des groupes de mots. La plupart d’entre eux sont maintenant assez anciens en français, et il est fort probable que le lecteur va s’étonner d’apprendre que ces expressions sont des traductions littérales de tournures anglaises. Bien sûr, la liste qui suit n'est pas exhaustive, mais elle a au moins le mérite, pensons-nous, d’informer sur ce phénomène lexical que sont les anglicismes masqués.

 

 

 

Calque

Équivalent en français

 

à pleine capacité


complètement [1]


amour au premier regard


coup de foudre [2]


appel longue distance


appel international [3]


armes conventionnelles


armes classiques [4]


avoir ou prendre le meilleur sur


l’emporter sur [5]


ce n’est pas ma tasse de thé


ce n’est pas ce que je préfère [6]


chaîne de magasins


magasin à succursales [7]


confrontation militaire


affrontement militaire [8]


consommables informatiques


accessoires informatiques [9]


contrôle des naissances


limitation des naissances [10]


couper les dépenses


réduire les dépenses [11]


coûter un bras


coûter une fortune [12]


délinquance en col blanc


criminalité financière [13]


développement durable


développement écologique [14]


dîner d’État


dîner officiel [15]


disposer de son adversaire


battre son adversaire [16]


dommage collatéral


mort de civils ou dégâts matériels [17]


donner le feu vert


donner l’autorisation [18]


droits humains


droits de l’homme [19]


en temps réel


instantanément [20]


en termes de


en ce qui concerne [21]


être à son meilleur


être en pleine forme [22]


être en charge de


être chargé de [23]


faire sa part


contribuer [24]


faire sens


avoir du sens [25]


feuille de route


programme [26]


gagnant-gagnant


bénef pour tous [27]


la cerise sur le gâteau


le bouquet [28]


légende urbaine


rumeur [29]


lune de miel


premier mois de mariage [30]


mettre l’emphase


mettre l’accent [31]


moteur de recherche


robot de recherche [32]


mouton noir


brebis galeuse [33]


nom de plume


pseudonyme [34]


pays émergeant


pays en croissance [35]


peau mature


peau ridée [36]


personne à mobilité réduite


invalide [37]


plafond de verre


limite inatteignable [38]


pour votre information


pour information [39]


prédateur sexuel


criminel sexuel [40]


prendre en compte


tenir compte de [41]


prendre en considération


tenir compte [42]


prendre pour acquis


tenir pour acquis [43]


raccourci clavier


combinaison de touches [44]


république bananière


État corrompu [45]


scène de crime


lieu du crime [46]


sous zéro


en dessous de zéro [47]


sphère d’influence


zone d’intervention [48]


table ronde


réunion-débat [49]


tri sélectif


tri [50]


Votre Honneur


Monsieur le Juge [51]


zone de confort


situation confortable [52]

 

 

     Voici enfin une liste de calques de syntagmes anglais, pour lesquelles il semble ne pas exister d’équivalents français avec un contenu sémantique totalement identique. Ce sont donc des expressions que l’on peut employer sans états d’âme :

 

éléphant rose [53]

 

État voyou [54]

 

 guerre froide [55]

 

hors-la-loi

 

lait condensé

 

liberté de la presse

 

libre-penseur

 

machine à vapeur

 

marqueur génétique

 

position du missionnaire

 

question préalable

 

 rideau de fer

 

 sélection naturelle

 

 



[1]  Expression calquée sur to full capacity et tout à fait inutile, car le français dispose d'une multitude d'adverbes et de locutions pour dire la même chose, notamment au maximum, complètement, entièrement, totalement. Selon les cas, on peut aussi puiser parmi des adjectifs ou locutions adjectivales comme à plein régime, bondé ou comble.

 

 

[2]  Traduction commise par ceux qui adaptent les feuilletons américains et qui ont transplanté mot à mot l’expression love at the first sight. On vit une époque difficile.

 

[3]  Long distance call en anglais. Sinon, on peut parler d'un appel international, la communication sera autant bonne.

 

[4]  Traduction du syntagme anglais conventional weapons, l'anglais conventional ayant pour sens « classique, traditionnel », alors que l'adjectif conventionnel a pour sens « qui résulte d'une convention écrite ou tacite ».

 

[5]  Les locutions verbales avoir le meilleur sur ou prendre le meilleur sur sont des calques de l’anglais to get the better of. Plusieurs ouvrages de référence les admettent, mais on peut changer d’ouvrages de référence. Et on peut aussi préférer des expressions françaises comme avoir ou prendre le dessus ou l’avantage sur, l’emporter sur, avoir raison de, ou encore gagner contre, vaincre, battre, triompher de.

 

[6]  D’autant que les Français boivent plutôt du café. Aucune raison, donc, de traduire It’s not my cup of tea.

 

[7]  Store chain en anglais. Mais chaîne de magasins est tant implanté dans le lexique français qu’il va être difficile de l’en extirper.

 

[8]  Le nom affrontement a pour sens « fait de faire face ou de s'attaquer à quelqu'un ou à quelque chose ». On ne le confondra pas avec confrontation, qui signifie « fait de mettre des personnes en présence afin de comparer leurs affirmations » et « comparaison minutieuse ». Ainsi, on peut organiser une confrontation entre un témoin et un accusé dans le domaine judiciaire, mais aussi procéder à une confrontation entre deux éditions d'un même livre. Pour ces raisons, il est fautif d'utiliser confrontation avec les sens de « conflit, affrontement », sens présents dans l'anglais confrontation mais absents du nom français. On n'évoquera donc pas une confrontation militaire, mais un affrontement militaire.

 

[9]  Le suffixe -able sert à former des adjectifs à partir d'un verbe (laver et lavable) ou d'un nom (charité et charitable), et uniquement des adjectifs. En aucun cas un adjectif se terminant par -able ne peut servir de nom et être qualifié par un adjectif. De ce fait, le syntagme consommables informatiques « accessoires informatiques », né il y a quelques années, est une hérésie à bannir sans état d'âme. Comme on s'en doute, il s'agit là de la traduction d'un mot anglais, consumables en l'occurrence.

 

[10]  Est-ce par crainte du nom limitation que birth control a donné contrôle des naissances ?

 

[11]  Façon anglaise (to cut expenses) de réduire des dépenses, de baisser des charges ou de couper dans des dépenses.

 

[12]  L'expression coûter un bras « coûter très cher » a envahi la France vers la fin du XXe siècle. Il s'agit là d'une traduction accourcie de l'expression anglaise to cost an arm and a leg. On s’interroge sur les raisons qui font que certains adoptent de telles expressions, alors que le français ne manque pas de locutions signifiant « coûter très cher », de l'innocent coûter les yeux de la tête jusqu'au trivial coûter la peau des testicules, enfin, presque.

 

[13]  White-collar crime, dans la version originale. Oui, mais si l’intéressé porte une chemise bleue ?

 

[14]  Ce qui est durable doit durer. Cela semble logique mais, apparemment, les mauvais traducteurs de l'expression anglaise sustainable development qui ont produit développement durable ne doivent pas en être convaincus. Une locution comme développement écologique aurait été bien meilleure:

 

[15]  Le nom anglais State « État » est utilisé dans cette langue en position d'adjectif pour qualifier des événements officiels placés sous le patronage de l'État. En français, la locution à valeur adjectivale d'État n'a pas la même utilisation. On se gardera donc bien, par anglicisme échevelé, d’évoquer la visite d'État d'un président étranger ; on évoquera plutôt une visite officielle. Et, au cours de cette visite, les gouvernants ne participeront pas à un dîner d'État, mais à un dîner de gala ou à un dîner officiel.

 

[16]  Calque de l'anglais to dispose of qui signifie notamment « battre un adversaire ». En français, on peut battre, éliminer, l'emporter ou vaincre l'adversaire en question.

 

[17]  En version originale, collateral damage. Expression très politiquement correcte, qui cache la misère.

 

[18]  To give the green light. Les Français préfèrent donner l’autorisation ou permettre.

 

[19]  Droits de l’homme est une expression suffisamment ancienne pour que l’on n’ait pas besoin d’avoir recours à cette traduction de l’anglais human rights, Certains arguent que droits de l’homme est sexiste, d’où leur choix de droits humains. Heureusement que le ridicule ne tue pas.

 

[20]  In real time, dans la version originale. On dira plutôt instantanément ou concomitamment. Et l’on rappellera que rien ne peut se faire en temps véritablement réel, car la vitesse de la lumière est indépassable.

 

[21]  La locution en termes de a pour sens « dans le vocabulaire de » : en termes de linguistique, il convient de dire « lexique » au lieu de « vocabulaire ». C'est donc une locution que l'on doit exclusivement réserver aux questions de vocabulaire. De ce fait, utiliser en termes de avec le sens de « en matière de » est une faute, car il s’agit d’un calque de la locution in terms of.

 

[22]  To be at one's best, dans la version originale. Mais être à son meilleur quoi ? On dira donc plutôt, au choix, être en pleine forme, être au meilleur de sa forme, être à son meilleur niveau, etc. ; les expressions françaises ne manquent pas.

 

[23]  La locution verbale être en charge de n’est ni plus ni moins qu'un calque de l'anglais to be in charge of. Or, en français, il existe seulement deux cas où l'expression en charge peut être employée : un navire ou une batterie en charge « en cours de chargement » et un véhicule en charge, pour évoquer son tonnage. Cette locution est donc à condamner, d'autant que les expressions exprimant cette idée sont légion : être responsable, avoir la responsabilité de, être chargé de, avoir la charge de, s'occuper de, etc.

 

[24]  Traduction de l'anglais to do one’s share. En français, on peut apporter sa contribution, collaborer, contribuer, participer, etc.

 

[25]  La locution verbale faire sens (ou faire du sens) signifie « avoir un sens, être intelligible ». Toutefois, il s'agit d'un calque de l'anglais to make sense. En bon français, on peut dire avoir du sens, avoir un sens ou être sensé.

 

[26]  Normalement, une feuille de route française est destinée aux permissions des militaires. Sachons donc que feuille de route tel qu'il est utilisé aujourd'hui est une mauvaise traduction de l'anglo-américain roadmap qui signifie « guide ».

 

[27]  Calque assez récent de l'anglais win-win. On nous rétorquera qu'il existe déjà, en français, la locution donnant-donnant, de même structure. Certes, mais donnant-donnant n'était pas un anglicisme. On peut donc remplacer ce gagnant-gagnant par tout le monde est gagnant, favorable pour tous, où chacun y gagne, etc.

 

[28]  L’expression la cerise sur le gâteau caractérise le détail ou l'élément final qui parachève une situation. Cette traduction imparfaite de l’anglais the icing on the cake peut être remplacée par des mots français, couronnement pour une connotation positive, c'est un comble ou c'est le bouquet, expression familière, pour une connotation négative. Dans le langage très familier, il existe aussi c'est le pompon, qui a le mérite d’être drôle.

 

[29]  Calque de l'anglais urban legend. Histoire contemporaine extraordinaire mais sans fondement, que l’on fait passer pour vraie et que l'on répand par le bouche à oreille ou, plus rapide encore, par l'internet. Une sorte de canular, de racontar ou de rumeur, donc.

 

[30]  Traduction de l’anglais honey moon. Les Anglo-Saxons sont de grands romantiques.

 

[31]  En français, le nom emphase a pour sens « manière exagérée de parler ou d’écrire » : l'homme politique présenta son programme avec emphase. On n'utilisera donc pas l'expression mettre l’emphase sur, calque des expressions anglaises to lay emphasis on et to put emphasis on « mettre l'accent sur ». On peut en revanche choisir parmi les expressions suivantes : insister sur quelque chose, mettre quelque chose en évidence ou en relief, souligner quelque chose, etc.

 

[32]  Traduction de l’anglais search engine. On pourrait employer robot de recherche, mais moteur de recherche semble être si implanté dans l’usage qu’il va être difficile de l’en extirper.

 

[33]  Pourquoi, à ce black sheep, ne pas préférer cette pauvre brebis galeuse ?

 

[34]  Traduction inutile de pen name.

 

[35]  Emerging country dans la version originale. Or, en français, émergeant signifie « qui sort de la mer ». Comme le niveau des océans monte inexorablement, il restera de moins en moins de pays émergeants, et l’on pourra donc évoquer des pays en voie de développement ou des pays en croissance.

 

[36]  Mature skin. Certes, peau mature est moins direct que peau ridée ou, pis, que vieille peau. N’envisageons pas peau senior. Dans le doute, on gardera peut-être cette peau mature.

 

[37]  Traduction de l’expression très politiquement correcte person with reduced mobility. Si l’on est puriste, on n’emploiera pas handicapé, car il s’agit là aussi d’un anglicisme. Bien sûr, on peut utiliser invalide, mais il semble que celui-ci soit, dans l’esprit des locuteurs, réservé aux personnes qui ne peuvent travailler. Les choses ne sont pas toujours simples.

 

[38]  Glass ceiling en version originale. Expression assez récente, qui désigne un seuil maximal que l’on peut atteindre.

 

[39]  Calque de l'anglais for your information. On préférera utiliser des expressions françaises comme pour information, à titre d’information ou à titre indicatif.

 

[40]  Anglicisme pour criminel sexuel, créé à partir de sexual predator. Rappelons qu'un prédateur est un animal qui se nourrit de proies. Le prédateur sexuel serait le loup des contes de fées.

 

[41]  To take into account dans la version originale. Préférons tenir compte de quelque chose.

 

[42]  Traduction de to take into consideration. Ah, cet amour des mots longs.

 

[43]  La locution verbale prendre pour acquis est un calque de l'anglais to take for granted. La proximité avec l'expression correcte prendre pour « croire à tort » a peut-être aidé à l'implantation du calque anglais en français. Toutefois, au lieu de dire prendre pour acquis, on peut utiliser considérer comme acquis, tenir pour acquis, présumer.

 

[44]  Keyboard shortcut dans la version originale. Pourtant, combinaison de touches dit exactement la même chose.

 

[45]  Banana republic. Cela a un petit côté exotique, certes, mais cette expression donne à penser que les États corrompus se trouvent nécessairement sous les tropiques.

 

[46]  En terres francophones, un meurtre se produit sur un lieu du crime, et non pas sur une traduction de crime scene. On ne peut même plus commettre des forfaits en bon français.

 

[47]  Les anglicismes se faufilent partout, même dans les bulletins météo. C'est ainsi que l'expression anglaise below zero s'est infiltrée dans les prévisions en prenant la forme sous zéro ou en dessous de zéro. Même si nos hivers peuvent être rigoureux, on ne recourra pas à ces anglaises tournures et, au lieu d'annoncer dix degrés sous zéro ou dix degrés en dessous de zéro, nos présentateurs feraient mieux de nous prévenir qu'il fera moins dix degrés.

 

[48]  Sphere of influence. Ah, cet amour des mots savants.

 

[49]  Round table. Oui, mais si la table est rectangulaire ?

 

[50]  Expression adorée des médias. Toutefois, on peut se demander s’ils réfléchissent avant de prendre la parole : n'est-il pas évident qu'un tri est forcément sélectif ? Cela a dû leur échapper, tout occupés qu'ils étaient à traduire mot à mot l'anglais selective sorting, de même sens.

 

[51]  Notre préférée. Traduction de Your Honour, commise par les adaptateurs des dialogues des productions cinématographiques et télévisuelles anglo-saxonnes. Heureusement, ce Votre Honneur a été si souvent raillé qu’on ne l’entend plus guère. D’un certain côté, c’est dommage, car cela fait bien rire.

 

[52]  Traduction assez récente de comfort zone, syntagme né dans le domaine de la psychologie. Ah, cet amour des expressions scientifiques.

 

[53]  Fait assez rare pour être souligné, l’original anglais de cette expression, pink elephant, est dû à une œuvre littéraire : pink elephant est en effet présent pour la première fois dans Le Cabaret de la dernière chance, roman de Jack London, publié en 1913.

 

[54]  Le concept d'état voyou (rogue state) est né sous la présidence de Ronald Reagan dans les années 1980.

 

[55]   Autre expression due à un écrivain, cold war est né sous la plume de George Orwell, en 1945.


21/08/2019
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Manger un chien chaud

Dans l'article précédent, nous avions évoqué le cas des calques, ces emprunts qui consistent en une traduction littérale d'un mot ou d'un groupe de mots étrangers. Dans certains cas, ces calques s'apparentent aux xénismes dans la mesure où ils nomment des réalités jusqu'alors inconnues en France, comme sky-scraper qui a donné gratte-ciel. On peut donc accepter gratte-ciel car le type de construction nommé par ce mot n'existait pas en France à l'époque où gratte-ciel est arrivé en français. En revanche, ce qui pose problème, ce sont les traductions littérales ou les francisations hasardeuses de mots anglais et, ce, pour les raisons suivantes : soit il existe déjà des équivalents en français et il n'y a donc nul besoin d'adapter un mot étranger (pourquoi utiliser fermier, calqué sur farmer, alors qu'agriculteur convient parfaitement), soit la mauvaise traduction aboutit à un mot qui a un sens différent en français (une opportunité n'est pas une occasion).

 

Le problème est que ces mauvaises traductions et ces calques malvenus s'insinuent dans les esprits et se répandent dans le langage. Nous en proposons quelques exemples dans la liste qui suit ; si celle-ci n'est malheureusement pas exhaustive, tant s'en faut, elle a au moins le mérite de mettre en lumière quelques mots et tournures qu'il convient de ne pas utiliser :

 

 

 

termes anglais originels

traduction fautive

expression française

agenda

agenda

ordre du jour

base oneself on (to)

se baser sur

se fonder sur, s'appuyer sur

Beijing[1]

Beijing

Pékin

Belarus

Belarus

Biélorussie

concerning

concernant

au sujet de

(computer) consumables[2]

consommables (n.) informatiques

accessoires informatiques

conventional weapons

armes conventionnelles

armes classiques

definitely

définitivement

tout à fait

farmer

fermier

agriculteur

globalization

globalisation

mondialisation

Malaysian

malaisien

malais

millennium

millénium

millénaire

Myanmar

Myanmar

Birmanie

opportunity

opportunité

occasion

secular society

société séculaire

société laïque

standardization

standardisation

normalisation

tributary

tributaire

affluent

veteran

vétéran

ancien combattant

 

 

Comme nous l'avons dit plus haut, cette liste n'a pas la prétention de présenter tous les calques et traductions abusifs qui sévissent dans le langage de certains. Dans les articles futurs, nous aurons l'occasion de présenter d'autres exemples. Gageons que ces articles seront nombreux.

 

 

 

 

[1] Quand il existe en français le nom français d'une ville ou d'un pays étranger, et que ce nom est bien établi depuis plusieurs siècles, c'est celui-ci qu'il convient d'utiliser, non celui de la langue d'origine. Il ne viendrait à personne l'idée de dire : Si on allait à München, pour la fête de la Bière ?

[2] En français, le suffixe -able sert uniquement à créer des adjectifs, non des substantifs.


23/07/2018
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Emprunt de formes grammaticales

Dans l'article précédent, nous avons examiné les différents types d'emprunts lexicaux existant en français. Aujourd'hui, nous présentons les emprunts grammaticaux : contrairement à leurs homologues lexicaux qui sont identifiables par tous, les emprunts grammaticaux s'avancent insidieusement dans la langue.

 

Les emprunts grammaticaux sont en effet des structures étrangères qui s'introduisent de façon masquée dans notre langue en dissimulant leur origine derrière des mots français ; ces emprunts, les plus sournois d'entre tous, s'attaquent à la grammaire, fondement même de toute langue.

 

De nos jours, c'est bien sûr l'anglais qui exporte sa syntaxe, principalement par l'intermédiaire de mauvaises traductions et d'adaptations littérales de certains de ses mots et expressions. Nous sommes ici aux confins de l'emprunt et du calque et en avons pour preuve les exemples suivants, entendus à la radio et à la télévision, de véritables transgressions des règles du français :

 

l'actuelle situation

une extrêmement belle maison

 

On sait qu'en français, à quelques exceptions près[1], tous les adjectifs se placent après le nom. User de structures comme celles qui sont rapportées ci-dessus n'est donc pas naturel, et l'on peut alors s'interroger sur la part de snobisme qui entre dans l'utilisation d'une telle syntaxe.

 

Cet exemple n'est pas unique ; d'autres formes calquées sur l'anglais apparaissent ici ou là. Aussi est-il pénible de lire, à l'image de l'ordre anglais, un groupe de mots comme celui-ci :

 

les premières cinq années

 

Cette syntaxe des plus fautives est un calque de l'anglais the first five years ; elle nous choque, mais il se pourrait qu'elle n'étonne plus personne ou presque, dans les décennies à venir, si on ne la combat pas dès aujourd'hui.

 

 


[1] Il s'agit des adjectifs suivants : autre, beau, bon, grand, gros, haut, jeune, joli, mauvais, nouveau, petit, premier, vaste, vieux, vilain. Toutefois, lorsqu'ils sont accompagnés d'un adverbe long, le groupe ainsi formé doit être placé après le nom : une maison extrêmement belle.

On peut également antéposer les adjectifs subjectifs si l'on désire les mettre en valeur, et donc dire une magnifique demeure.

 


25/11/2014
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Quand les mots voyagent

Dans plusieurs articles ultérieurs, nous proposerons l'examen d'emprunts faits par le français à des langues étrangères, notamment à l'anglais. Mais avant cela, il convient de présenter tout d'abord les différents aspects que ce phénomène de l'emprunt lexical revêt :

 

– les emprunts sémantiques : un mot français se voit attribuer le sens d'un mot étranger qui offre avec lui une ressemblance formelle, comme  l'adverbe français définitivement et son homologue anglais definitely. C'est ainsi que l'adverbe français est aujourd'hui utilisé avec le sens anglais de "tout à fait, assurément", ce qui est abusif et faux ;

 

les calques : ce sont des traductions terme à terme, comme les mots et expressions suivants :

 

   honeymoon > lune de miel

   cold war > guerre froide

   this is not my cup of tea > ce n'est pas ma tasse de thé

 

   Parfois, la traduction peut être si mauvaise qu'elle aboutit à une hérésie, ce qui est le cas du fautif droits humains, à l'imitation de l'anglais human rights, alors que la forme correcte est bien entendu droits de l'homme ;

 

– les xénismes : il s'agit de l'emprunt concomitant d'un nom et de l'objet ou du concept qu'il nomme, objet ou concept jusqu'alors inconnus en France et en français :

 

   toundra, samovar, favella, etc.

 

– les emprunts abusifs : la chose ou le concept nommés par la langue étrangère possèdent déjà un mot français, mais c'est le mot étranger qui tend à supplanter le mot français :

 

    management "gestion"

    coach "entraîneur"

    dance floor "piste de danse", etc.

 

Est-il besoin de préciser que ces emprunts abusifs sont très majoritairement, sinon exclusivement, des emprunts à l'anglais ? Et c'est cette dernière catégorie qui fait polémique, car rien ne légitime l'utilisation d'un mot anglais lorsqu'un mot français lui est préexistant. Phénomène de mode, snobisme, volonté de se démarquer de la majorité parlante … Tout cela sera examiné dans les articles à venir.


23/11/2014
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